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Charles-Albert Cingria : portrait d'un cycliste

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le 10 Avril 2009 16:05
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Dans : Route

Charles-Albert Cingria (1883-1954) a vécu de son écriture (livres et chroniques) mais il était aussi un passionné de vélo, un personnage fantaisiste qui choisit une vie de bohème.

Charles-Albert Cingria n'a que 19 ans lorsqu'il entreprend de nombreux voyages, de la France à l'Afrique en passant par l'Italie et l'Espagne. C'est le vélo qu'il choisit pour partir à la découverte de son pays, la Suisse.

Suspendu au plafond
Infatigable globe-trotter
, Charles-Albert Cingria descendait de sa bicyclette dans les villages. Selon la légende, il s'arrêtait dans les cafés et il commençait à raconter. Il parlait si bien qu'on l'abreuvait jusqu'à plus soif, ce qui était onéreux car Charles-Albert avait la gorge très sèche ! (c'est d'ailleurs une cirrhose qui l'emportera à l'âge  de 71 ans). Ne se séparant jamais de son vélo, il doit le suspendre au plafond de son petit deux- pièces lorsqu'il s'installe rue Bonaparte à Paris en 1932.

La bicyclette « pas indigne du poète »
Vouant une passion sans borne à sa bicyclette, il estimait dans « L'éloge du cycle » qu'elle n'était « pas indigne du poète ». Elle lui est d'un très grand stimulant. D'abord c'est beau, c'est poétique, par soi-même, cet engin. À cause de ces poignées où l’on enroule du sparadrap sulfate à côté de sparadrap noir – luisant – et de sparadrap roux. Il faut aimer ses roues, aimer ses jantes, aimer l'acier et ses formes dans une authenticité qui exalte.

« Les beaux engins »
Voici un article paru dans La Tribune de Lausanne le 1er septembre 1940 : « Il y a tout un art, un chic dans les nouvelles bicyclettes, et c’est très précis ce que caresse le désir. Surtout si on se prive longtemps avant de faire le bond de la décision qui va faire de vous un heureux ; quelqu’un de libre en tout cas, de nouvellement libre et c’est insondable et exquis ce sentiment. Désormais vous pourrez traverser un village en trombe. C’est toujours assez ennuyeux de marcher et de répondre aux regards par une contenance. La contenance vous l’avez,  vous fendez : c’est une répartie et une victoire. Et vous faites ce que vous voulez, portez le costume que vous voulez. Voilà ce que fait la bicyclette : une race libérée. Au lieu de faire ''une-deux , une-deux'' qui est métrique, vous puisez dans un long temps complexe qui fait jouer et jouir toutes vos articulations. Vous avez une capacité de franchir qui ravit l’âme. L’âme ou l’être ? L’âme qui est être, car tous les sens y ont leur compte et connaissent moins de frontières. »

 

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