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Alfred Jarry : portrait d'un écrivain-cycliste

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le 10 Avril 2009 16:46
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Dans : Route

À la fois poète, romancier et dramaturge, Alfred Jarry (1873-1907) est passé à la postérité grâce au personnage d'Ubu qu'il crée en 1888. C'était aussi un vrai passionné de vélo.

Plusieurs de ses écrits font référence à la petite reine, notamment Le Surmâle et La Passion considérée comme une course de côte. Sur de nombreuses photos, on le voit d'ailleurs  juché sur sa bicyclette. Il avait  également un penchant pour l'absinthe et c’est l'alcool qui l'emporta à seulement 34 ans. Avide d'exercice physique et de sensations nouvelles, Alfred Jarry avait la particularité de ne jamais se séparer de sa bicyclette : elle trônait même dans son  minuscule appartement parisien ! Avec son humour irrésistible, l'écrivain racontait que c'était pour « faire plus rapidement le tour de la pièce » !  Le père d'Ubu voyait dans le vélo « L’émotion esthétique de la vitesse dans le soleil et la lumière ».

La « cyclerie » selon Jarry
Alors qu'il loge chez le compositeur Claude Terrasse, près de Grenoble, Alfred Jarry écrit à Alfred Vallette : « La cyclerie est agréable parce que les côtes sont à part, sous le nom de montagnes. À part ça, les chemins sont plus plats qu'au Plessis » (c'est-à-dire Plessis-Chenet, près de Créteil). Alfred Jarry développait aussi cette théorie pouvant paraître... ubuesque :  la bicyclette exosquelette.  « L'homme, expliquait-il, s'est aperçu assez tard que ses muscles pouvaient mouvoir, par pression et non plus par traction, un squelette extérieur à lui-même. Le cycle est un nouvel organe, c'est un prolongement minéral du système osseux de l'homme».

Rotation astrale
Empruntant les chemins de la physique, Alfred Jarry  théorisait sur « le  cycle comme pléonasme : une roue et la superfétation du parallélisme prolongé des manivelles.   (Le cycliste) concilie  le discontinu de la marche et le continu de la rotation astrale ». Étonnant, non ? À l’occasion du centenaire de la mort d'Alfred Jarry, en 2007, les éditions du Pas d’Oiseau  ont rassemblé  ses écrits vélocipédiques sous le titre d’« Ubu cycliste ». On y lit les manières surprenantes avec lesquelles il met en scène la bicyclette. Vous y croiserez Jésus dérapant dans la côte du Golgotha, Ixion attaché à sa roue pour l'éternité, ou encore des coureurs ivres morts dopés au « Perpetual-Motion-Food » . Le précurseur du surréalisme  multiplie les bons mots. Il explique  notamment que les piétons sont de véritables dangers publics car on les autorise à circuler librement...  sans permis ni frein ni grelot !

Un vélo jamais payé
La bicyclette de Jarry « Clément Luxe 96 » donna lieu à un interminable feuilleton juridico-surréaliste.  En novembre 1896, l'écrivain-cycliste l'achète pour 525 francs à un certain Jules Trochon, marchand de cycles à  Laval.  Cette machine  ne fut jamais réglée, malgré plusieurs sommations d'huissiers. Le 27 avril 1907, donc plus de 10 ans après l'achat, le vendeur dupé réclame encore son dû à Jarry !  Facture qui restera à jamais impayée car Alfred Jarry meurt 6 mois plus tard.

« Ubu cycliste », éditions du Pas de l'Oiseau – 2007- 116 pages- 10 euros

 

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